LA TAROLOGIE

Origines du TAROT


 

"Pendant toute la Renaissance, les "Images des Dieux de l’antiquité"
évoquèrent les mythes classiques auxquels était attribuée
une grande valeur éthique et morale.

C’est à cette époque que fit son apparition le jeu des tarots : une des plus extraordinaires réalisations de
l’humanisme italien. Il réunissait les plus illustres représentants du panthéon grec nourris des vertus chrétiennes,
par le biais d’images allégoriques des conditions humaines et de symboles des plus importantes corps célestes.

Les Tarots étaient un grand jeu de mémoire qui renfermait les merveilles du monde visibles et invisibles et qui
fournissait aux joueurs des instructions d’ordre tant physique, que moral et mystique.

En effet, la série des vertus (Force, Prudence, Justice et Tempérance) renvoie à d’importants préceptes éthiques ;
la série des conditions humaines (Empereur, Impératrice, Pape, Fou et Bateleur) renvoie à la hiérarchie à laquelle
l’homme est subordonné ; et la série des planètes (Étoile, Lune et Soleil) fait quant à elle allusion aux forces
célestes qui commandent les hommes et au-dessus desquelles règne l’univers du divin.

Toutefois l’utilisation ludique des Tarots prit rapidement l’ascendant sur la dimension didactique et morale du jeu
qui dès le début du XVIe siècle n’était plus comprise.

A cette incompréhension correspondit une mutation bien précise des figures qui connurent des transformations,
différentes selon les régions et les goûts populaires.

Vers la fin du XVIIIe siècle, fut redécouvert le contenu philosophique des Tarots, mais sur la base de principes
totalement erronés ; les nouveaux interprètes firent voir le jour à une nouvelle utilisation du jeu : magique et
divinatoire.

Dans un célèbre article publié en 1781 par l’archéologue franc-maçon, Antoine Court de Gébelin, on peut lire :
“le livre de Toth existe et ses pages sont les figures des tarots”. Quelques années plus tard, un autre franc-maçon,
Etteilla (anagramme d' Alliette), se lança dans un grand projet de restauration des figures en affirmant connaître
la structure du jeu pratiqué par les Égyptiens. Selon Etteilla, les premiers Tarots contenaient le mystère des
origines de l’univers, les formules de certaines opérations magiques et le secret de l’évolution physique et
spirituelle des hommes.

Dès lors, le jeu des Tarots fut indissolublement lié au monde de la magie et, en visant des objectifs beaucoup
plus ambitieux que la simple connaissance du lendemain, la grande époque des tarots occultistes prit son essor
 


L’Harmonie céleste Le jeu des Tarots est fondé sur 56 cartes numérales dites "italiennes", mais en fait d’origine
arabe ("coppe", "denari", "bastoni" et "spade") et de 22 cartes connues en tant que Triomphes introduites
au début du XVe siècle en Italie. (Les Triomphes seront nommés aussi Atouts dans le Tarot à Jouer et,
ultérieurement, arcanes majeurs pour les ésotéristes)

Ce jeu dérive des "Triomphi" de Pétrarque (d'où "Triomphe" de l'Italien "Trionfi") qui, dans cette œuvre, décrit
les principales forces qui gouvernent les hommes en assignant à chacune d'entre elles une valeur hiérarchique.
En premier lieu vient l’Amour (l’Instinct) que maîtrise la Modestie (la Raison). Puis la Mort, dont vient à bout la
Renommée, elle-même attaquée par le Temps, L'Eternité ou Dieu - qui triomphe sur toutes les autres.

Dans les jeux des cartes des Tarots, les Triomphes étaient d'abord au nombre de 6 puis de 22, nombre dont la
signification mystique selon la numérologie chrétienne, représente l'introduction à la sagesse et les
enseignements divins gravés en l'homme.

La théologie médiévale attribue à l’univers un ordre précis, constitué d’un escalier symbolique qui va de la Terre
jusqu'au Ciel : du haut de cet escalier, Dieu, la Cause Première, gouverne le monde, sans toutefois intervenir
directement mais en opérant ex gradibus, à savoir par le biais de toute une série ininterrompue d’intermédiaires.
C'est ainsi que Sa puissance divine est transmise aux créatures inférieures, - et ce, jusqu’au mendiant le plus
humble. En revanche,si nous lisons cette 'symbologie' depuis l'En-Bas jusqu'à l'En-Haut, il nous est enseigné
que l’homme peut graduellement s'élever dans l’ordre spirituel en gravissant les cimes du "bonum", du "verum"
et du "nobile", et que la science et les vertus le rapprochent de Dieu.

D'après la première liste de Tarots connue, du début du Seizième Siècle, il est évident qu'il s'agissait d'un jeu
éthique.

Le Bagatto (Bateleur) représente un homme ordinaire auquel ont été donnés des guides temporels, l’Impératrice
et l’Empereur, et des guides spirituels, le Pape et la Papesse (la Foi).

Les instincts humains doivent être tempérés par les Vertus : l’Amour par la Tempérance, le désir de puissance
(le Char Triomphal), par la Force. La Roue de la Fortune enseigne que le succès est éphémère et que même les
puissants sont destinés à devenir poussière.

Ainsi l’Hermite, qui vient après la Roue, représente le Temps auquel chaque être doit se soumettre tandis que le
Pendu avertit du danger de céder à la tentation et au péché avant l'arrivée de la Mort physique .

Même la vie après la mort est représentée selon la conception propre au Moyen Âge : l’Enfer, et partant, le Diable,
sont placés au centre de la Terre tandis les sphères célestes sont au-dessus de la Terre.

Conformément à la vision aristotélicienne du cosmos, la sphère terrestre est entourée des "feux célestes",
représentés, dans les Tarots, par la foudre qui tombe sur une tour. Les sphères planétaires sont 'synthétisées'
en trois planètes principales: Vénus, l’étoile prééminente, la Lune et le Soleil.

L'étoile la plus haute est l’Empyrée où siègent les Anges qui, lors du Jugement dernier, seront chargés de réveiller
les Morts dans leurs tombes - quand la Justice divine triomphera pesant les âmes pour séparer les bons des
méchants.

Au-sommet de tout cet agencement se trouve le Monde, à savoir Dieu le Père, ainsi que l’a écrit un moine
anonyme qui commenta les Tarots à la fin du XVe siècle.

Ce même auteur place le Fol après le Monde comme s’il s’agissait d’indiquer qu’il est étranger à toutes les règles
et à tous les enseignements.

Au cours du XVe siècle, le jeu de Tarot était connu comme "Ludus Triomphorum", et ce n’est qu’au début du XVIe
siècle qu’a fait son apparition le terme ‘Tarocchi’, ou Tarots.

L’origine de ce nouveau mot est encore sujet à controverses de nos jours... D’aucuns pensent qu’il vient de l’Arabe
signifiant “Tariqa”, à savoir La Voie de la Connaissance Mystique, ayant pour source d’inspiration ‘Tara’, la déesse
du Savoir (la ‘Tara Verte’ représente la déesse du Savoir Suprême dans le Bouddhisme Tibétain). D’autres y voient
un rapport possible avec la technique ‘Taroccato’ en usage dans les cours du Nord de l’Italie, utilisée pour décorer
des manuscrits enluminés avec un poinçon, tandis que certains considèrent encore que le mot ‘tarocco’
proviendrait du dialecte ‘tarocar’ qui signifie "faire des choses folles ou insensées" à l’occasion de paris lors
de jeux de hasard. D'autres encore y voient un anagramme du mot "rota", la roue, voulant dire par là que le tarot,
comme l'univers, est un éternel recommencement, un peu comme le cycle de la nature : naissance, croissance,
déclin et mort ("l'Encyclopédie du Tarot", R.Kaplan)
 

Les Allégories des Tarots

Les allégories qui apparaissent sur les Atouts appartiennent au répertoire iconographique propre à la quasi
totalité de l’Europe du XIIIe siècle. On les trouve sur les décorations des cathédrales gothiques, sur les fresques
des édifices publics et dans les manuscrits encyclopédiques et astrologiques.

Dans la pratique, les figures représentées sur les cartes des Triomphes constituent une authentique Biblia
Pauporum à savoir une « Bible des Pauvres ». En jouant aux cartes, le peuple accédait directement par leur
intermédiaire à une connaissance du mysticisme chrétien et à son contenu dont les concepts étaient ainsi
continuellement rappelés à leurs esprits, selon la méthode de l’ Ars Memoriae de l’époque.

Les allégories sont aisément déchiffrables par référence au contexte culturel des cours de l’Italie du Nord au vu
de leur goût pour les images moralistes issues tant de la tradition religieuse que de la mythologie classique.
Ces images étaient d’une part tenues pour des représentations des héros civilisateurs qui initièrent les hommes
à de nombreux arts, telle Minerve - la première tisseuse, ou Apollon - le dieu médecin. D’autre part, elles étaient
considérées comme les allégories des vices et des vertus, et c’est cette interprétation que l’on trouve dans
certaines cartes des Triomphes.

Des exemples tout à fait évidents incluent : la Force, représentée par Hercule terrassant le lion Némée, symboles
des instincts animaux ; l’Amour représenté par Cupidon s’apprêtant à lancer ses flèches sur les Amants
imprudents ; la Prudence, représentée par Saturne ; la Modestie de Diane ; l’Immodestie de Vénus ; la Vérité
par Apollon qui illumine la Terre de son disque solaire.

De nombreuses figures des Tarots s’inspirent clairement de l’iconographie chrétienne. Ainsi le Monde, représenté
tantôt par la Jérusalem céleste à l’intérieur d’une sphère portée par des anges ou surplombée par la Gloire céleste.
La carte de la Papesse renvoie à l’image de la Foi, identique à celle représentée par Giotto dans la Chapelle des
Scrovegni à Padoue.

Parmi de nombreuses autres représentations possibles des Vertus telles que la Tempérance, la Justice et la Force
se trouve l’iconographie classique présente dans les églises gothiques et dans les miniatures des livres saints.

Les traités d’astrologie de l’époque constituèrent une autre source d’inspiration. La figure du Bagat ou Bateleur
apparaît parmi les "Fils de la Lune" à savoir parmi les métiers placés sous l’influence de l’astre.

Le Misero ou Fol figure parmi les « Fils de Saturne » ; l'image des Amoureux parmi les "Fils de Vénus" ; le Pape
parmi les "Fils de Jupiter" et l’Empereur parmi les "Fils du Soleil". En outre, des figures d’astrologues apparaissent
dans différents jeux des Triomphes en tant que représentations de la Lune et des Étoiles.

Enfin, sont présentes des images de la vie quotidienne. Un exemple extrêmement intéressant est la figure
du Pendu qui fait référence à la peine infligée aux traîtres. Dans la Chapelle Bolognini à San Petronio (Bologne)
une figure identique est représentée sur une fresque de Giovanni da Modena car l’idolâtrie était perçue comme
la plus affreuse des trahisons : le reniement du Créateur. Bien que la peine de la pendaison par un pied soit
représentée dans d’autres œuvres, la fresque de San Petronio est l’unique exemple connu qui coïncide
parfaitement avec la Carte du Tarot
 

Le Divin Hermes

Pour le monde antique, Hermès, associé au dieu égyptien Thoth, fut considéré comme l’inventeur de l’écriture
et l’auteur de nombreux traités magiques et religieux. Durant la période de l’Empire romain, ces textes
hermétiques furent réinterprétés par l’ École d’Alexandrie en Égypte à la lumière de la philosophie grecque,
en particulier Pythagore et Platon. Les Pères de l’ Église vouèrent un grand respect à Hermès en vertu des
analogies avec certains textes qui lui furent attribués et des passages des Évangiles .

En 1460 fut porté à Cosimo de Médicis, Seigneur de Florence, un manuscrit retrouvé en Macédoine et attribué
par erreur à Hermès Trismégiste. Cette œuvre traduite en 1463 par le religieux et philosophe Marsile Ficin fut
suivie par les traductions de textes platoniciens qui révélaient une conception fascinante du Cosmos.

Selon cette philosophie, l’Univers converge vers l’Unité divine ordonnée selon des degrés divers de perfection et
représentés par les cercles concentriques des sphères planétaires et célestes tandis que l’homme est constitué
d’une part divine - l’âme - qui, durant son existence terrestre, peut le conduire à la contemplation du Bien
suprême à travers la pratique de la vertu et par le biais de la médiation des différentes entités angéliques.

Un autre aspect important de cette philosophie était l’idée que l’Univers se reflètait dans chaque chose existante.
L’ Homme était envisagé comme un monde en miniature, un Microcosme identique en tout et pour tout au
Macrocosme. Les philosophes de la Renaissance, à commencer par Ficin, édifièrent de complexes systèmes
de correspondances reliant les astres du firmament et les différentes parties du corps humain.

Une des conséquences de ceci fut la revalorisation de la Magie, de l’Astrologie et de l’Alchimie – l’art hermétique
primordial. On pensait ces sciences capables de donner à l’homme les moyens de comprendre les liens secrets
qui assurent la cohésion de l’univers et qui influencent le comportement humain.

Ainsi les divinités astrales antiques, Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, Mercure, le Soleil et la Lune, ré-assumèrent
leurs rôle d’esprits puissants et redoutables auxquels il était permis d’adresser prières et interrogations pour
connaître la destinée humaine.

En effet, les amulettes, certains rites et la réalisation d’opérations particulières devaient permettre à l’homme
de se défendre contre la puissance des astres, qui était même présente cachée dans les pierres et les métaux
et de capturer cette puissance pour sa propre élévation spirituelle.

Cette philosophie inspira des auteurs comme le poète Ludovico Lazzarelli (1450 - 1500) dont le « De gentilium
imaginibus deorum » fut illustré avec des figures issues du pseudo Tarot dit de Mantegna, comme aussi l’auteur
anonyme des Tarots Sola Busca (1490 environ)avec leurs références à l’alchimie.

A la même époque, plusieurs images des Tarots furent modifiées de façon à être conformes à l’iconographie
hermétique. Suivant la conception platonicienne, en fait, l’origine stellaire de l’âme est représentée sur la carte
(géographique) des Etoiles, et l’ « Anima Mundi » qui selon Ficin représente l’influence médiatrice entre l’homme
et Dieu apparaît sur la carte (géographique) du Monde
 

Le Jeu des Tarots

Selon son origine medièvale et selon la théorie des investigateurs espagnols actuels Daniel Rodes et Encarna
Sánchez il faudrait chercher l’origine du tarot parmi les cathares dont la philosophie correspondrait parfaitement
à l’idée basique du jeu de tarot. Ainsi, la présence de la Papesse confirmerait cette idée : l’importance de ce
personnage féminin est une référence évidente au christianisme bien que différent de l'orthodoxie romaine.
Puis avec le temps, les cartes sont devenues un système divinatoire.

Toutefois, cette hypothèse semble faire fi non seulement de la parfaite orthodoxie de l'image de Fides ou de la Foi
(Papesse) jouxtant celle de l'Église (Pape) mais surtout ne tient pas compte du caractère iconoclaste des Parfaits
Cathares : jamais ils n'auraient consenti à imager le Divin... Seuls des croyants neo-cathares liés aux cours des
nobles de Lombardie ont pu - éventuellement- inspiré le dualisme sous-jacent du Tarot.

Dans la première décennie du XVe siècle et dans une des villes suivantes comme Milan, Bologne ou Ferrare,
ce jeu de cartes fut conçu et, à partir du XVIe siècle, se répandit rapidement en Europe...

Les Tarots furent initialement utilisés en tant que jeux avec des règles proches de celles des échecs - et c'est
cause de ce caractère ingénieux que les Ludus Triomphorum furent expressement exclus des ordonnances
à l'encontre des jeux de hasard émises pendant le XVe siècle. Parallèlement, grâce à de nombreux documents
de la Renaissance, l'on sait que, dans les cours aristocratiques, le jeu des Tarots fut au centre de divertissements
sophistiqués, comme par exemple l'invention de sonnets galants ou le fait de répondre à des questions portant
sur divers sujets au regard de cartes extraites du jeu. Une autre pratique courante qui dura jusqu'au XIXe siècle
consistait à associer les figures du Tarot à des personnes célèbres, composant des sonnets ou simplement en
devisant à leur sujet sur un ton ou laudatif ou comique ou tout à fait satirique. Le XVIIIe siècle vit une riche
production de Tarots avec une imagerie fantastique, empruntée au monde animal, à l'histoire, à la mythologie,
aux coutumes de différents peuples. Néanmoins, c'était un jeu de hasard, avec toutes les conséquences que cela
impliquait, à commencer, dès le XVIe siècle, par l'intervention répressive de l'Église. À peine un siècle après leur
création, la signification chrétienne d' Escalier Mystique sur laquelle était structuré l'ordre des Tarots avait été
oubliée. Néanmoins, les usages ludiques et littéraires des tarots perdirent bientôt de leur importance.

Dès la fin du XVe siècle, un moine prédicateur anonyme dénonça les tarots comme étant l'œuvre des démons,
et soutint son affirmation en argumentant que, c'était dans le dessein d'amener les hommes au vice,
que le créateur du jeu avait délibérément usé de figures comme le Pape, l'Empereur, les vertus chrétiennes
et même Dieu.

Le bon moine écrit par ailleurs que "si le joueur pensait à la signification des 'papiers [à jouer]', il s'en irait en
courant. En fait, dans les cartes, il y a une quadruple différence [note du traducteur : illustrée par les quatre
emblèmes des cartes en dehors des Atouts : denier, coupe, bâton et épée]. Il y a l'argent qui est dilapidé entre
les mains des joueurs. Et cela souligne le caractère éminemment précaire de l'argent du joueur, car l'on doit
savoir qu'en jouant, l'on perdra son argent. Il y a aussi des coupes [tasses] qui illustrent que lorsque la ruine
adviendra, le pauvre joueur ne pourra plus boire dans des verres mais devra se contenter d'une coupe [tasse].
Il y a aussi les bâtons : le bois est sec pour souligner l'aridité de la grâce divine présente dans le joueur.
Il y a même des épées pour exprimer la brièveté de la vie du joueur car il sera tué, etc. En réalité, aucune
catégorie de pécheurs n'est aussi désespérée que celle des joueurs. Quand un joueur perd et n'obtient pas
le point escompté, que ce soit la carte ou le triomphe[NdT : probablement ici, carte = numérales ou honneurs/
triomphe = Atout, il fait une croix sur l'argent misé [NdT : litt. percuote la croce del denaro = il frappe la croix
dans l'argent, maudissant Dieu ou les Saints, et il jette au loin les dés avec colère se disant à lui-même
"que l'on me tranche la main !" etc. Le joueur se mêt très facilement en colère avec le compagnion qui le tourne
en ridicule et continuellement s'offusque des offenses jusqu'à ce qu'ils se battent l'un l'autre. Le prédicateur
anonyme conclut sur cette sentence canonique : "Joueur, ouvre l'œil ou tu connaîtras une mauvaise fin".

Le jugement de l'Église n'empêcha pas la diffusion des Tarots - et ce, à un tel point, qu'au début du XVIIIe siècle,
ils furent importés d'Italie en France et en particulier à Marseille - dont l'iconographie fut à son tour reprise par
les centres de production lombards et piémontais afin de rénover leurs productions.

Puis, sous la pression de jeux encore plus modernes, les tarots disparurent graduellement pour ne plus subsister
qu'en peu d'endroits tels la Sicile, l'Émilie, la Lombardie, le Piémont et le Sud de la France.

Toutefois, pendant ce temps, les images du Tarot furent l'objet de manipulations et d'interprétations ésotériques
qui les amenèrent à être considérées comme des "icônes magiques".

 

Le Livre de Thot ou l’interprétation ésotérique des tarots

La renaissance des Tarots comme instrument magique intervient à la fin du XVIIIe siècle, en pleine période
des Lumières. Elle est l’œuvre d’un archéologue, célèbre à l’époque : Antoine Court de Gébelin, membre de la
franc-maçonerie française.

"Si nous annoncions, aujourd’hui, qu’existe une œuvre qui contient la doctrine la plus pure des Égyptiens qui
aurait échappé aux flammes de leurs bibliothèques, qui ne serait impatient de connaître un livre aussi précieux
et extraordinaire ? Et bien ce livre existe et ses pages sont les figures des Tarots”.

Pour justifier ses affirmations, Court de Gébelin explique que le mot Tarot vient de l’égyptien Ta-Rosch qui signifie
Science de Mercure (Hermès pour les Grecs, Thot pour les Égyptiens). Puis, aidé par un collaborateur inconnu,
il indique les nombreuses propriétés magiques du Livre à peine redécouvert.

Ces théories sont reprises par un autre franc-maçon, Etteilla, pseudonyme de Jean-François Alliette : “Le Tarot
est un livre de l’Égypte ancienne dont les pages contiennent le secret d’une médecine universelle, de la création
du monde et de la destinée de l’homme. Ses origines remontent à 2170 avant J.-C. quand dix-sept magiciens
se réunirent en un conclave présidé par Hermès Trismégiste. Il fut ensuite incisé sur des plaques d’or placées
autour du feu central du Temple de Memphis. Enfin, après diverses péripéties, il fut reproduit par de médiocres
graveurs du Moyen Âge avec une quantité d’inexactitudes telle que son sens en fut dénaturé".

Etteilla restitua aux Tarots ce qu’il estimait être leur forme primitive et il en remodela l’iconographie ; il le baptisa
Livre de Thot. L’héritage du néoplatonisme et de l’hermétisme de la Renaissance est clairement présent dans les
manipulations opérées par Etteilla. En effet, dans les huit premiers triomphes, il reproduit les phrases de la
Création ; dans les quatre suivants, il souligne que les vertus conduisent les âmes auprès de Dieu ; et enfin
dans les dix derniers, il représente les conditionnements négatifs auxquels les êtres humains sont soumis.

Les 56 cartes numérales furent interprétées comme les sentences divinatoires pour les mortels. Grâce à ces
 révélations, prit un grand essor la mode de la cartomancie.

Toutefois, bien plus tard, la dimension mystique du Livre de Thot fut revalorisée par Eliphas Lévi.

Eliphas Lévi dénonça les erreurs d’Etteilla en affirmant que les 22 Triomphes correspondaient à 22 lettres de
l’alphabet hébreu mosaïque. Et il en explique le rapport avec les opérations magiques, avec le symbolisme
franc-maçon et surtout avec les 22 sentiers de l’Arbre de la Qabbale, qui reflètent les structures identiques
de l’homme et de l’univers.

En parcourant les 22 canaux du savoir suprême, l’âme humaine pouvait parvenir à la contemplation de la lumière
divine.

Les théories de Lévi furent reprises par de nombreuses confraternités occultistes et chacune d’entre-elles réalisa
de nouvelles cartes des Tarots conformes à sa propre philosophie.

Pour certaines, l’objectif des initiés était la réalisation d’un grand Temple Humanitaire visant la création du Règne
du Saint-Esprit fondé sur l’ésotérisme commun à tous les cultes. Pour d’autres, les Tarots représentaient les
étapes d’un parcours individuel d’élévation mystique ou d’exaltation psychique grâce à l’obtention de grands
pouvoirs magiques.

 

Tarots et cartomancie

Il est généralement admis que la période qui couvre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, fut propice
aux prophètes et aux devins, en France et ailleurs, en raison des incertitudes politiques et de l’aggravation de la
crise économique.

Bien que Merlin Cocai (pseudonyme de Teofilo Folengo), ait, en 1527, écrit sous une forme littéraire une sorte de
traité de lecture divinatoire avec les tarots similaire à celle couramment en usage - la pratique prophétique des
cartes n'était pas courante pendant la Renaissance.

Nous savons que le premier document attesté contenant la liste des cartes avec leurs valeurs divinatoires
respectives appartient à la ville de Bologne et doit être daté des premières années du XVIIIe siècle.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que le nombre de cartomanciennes s'accrut de façon considérable grâce aux
stupéfiantes révélations de Court de Gébelin, d’Etteilla et des confraternités occultistes.

Une des plus célèbres cartomanciennes de l'époque fut Mademoiselle Lenormand, dont la fortune reposa sur une
habile utilisation de son image publique. Tout au long de sa carrière, Mademoiselle Lenormand vit défiler dans son
salon des personnages de la stature de Robespierre, Marat, Danton, Napoléon Bonaparte, et devint la confidente
de l’impératrice Joséphine.

La “Sibylle des Salons”, ainsi qu’elle était surnommée, fut imitée par d’innombrables devineresses qui
s’efforcèrent de tirer profit de leur art en prétendant être les élèves et les disciples voire les héritières de la plus
illustre sibylle. D’autre créèrent de nouvelles cartes de cartomancie basées sur les Tarots égyptiens d’Etteilla
ou sur les cartes à jouer françaises.

Vers 1850, la divination par le biais des tarots et des cartes à jouer était devenue une technique divinatoire
extrêmement populaire dans l’Europe entière. Et à cette même époque, la renaissance des philosophies
ésotériques redonna vigueur aux arts magiques et à la cartomancie en particulier.

La diffusion de cette pratique, toutes classes sociales confondues, s’accompagna d’une vaste production
industrielle pour répondre aux attentes du public. Au cours du XIXe siècle furent imprimés, essentiellement en
France, en Italie et en Allemagne, au moins une centaine de jeux qui dans la plupart des cas n’avaient qu’un
rapport lointain avec les Tarots mais davantage avec les livres d’interprétation des songes ou avec la
 "Kabbale du Loto".

On peut affirmer que depuis lors cette mode a conservé toute sa vigueur, si l’on excepte les périodes de guerre.

A tort selon nous, les sociologues s’interrogent aujourd’hui sur les raisons de ce qu’il est convenu de définir
aujourd’hui comme un retour de l’irrationnel mais qu’il convient d’envisager davantage comme une présence
qui témoigne d’un besoin constant, dans l’histoire occidentale, de plus grandes certitudes.
Au-delà de l’aspect divinatoire, il convient par ailleurs de tenir compte de la dimension artistique.
La création des cartes a en effet souvent vu à l’œuvre de très talentueux dessinateurs et peintres dont le travail
témoigne, non seulement d’un goût personnel, mais également d’une sensibilité artistique et des courants des
époques dans lesquelles il s’inscrit."

Source : Wikipédia