LA TAROLOGIE

Origines du TAROT


"Pendant toute la
Renaissance, les "Images
des Dieux de
l’antiquité" évoquèrent
les mythes classiques
auxquels était attribuée
une grande valeur
éthique et morale.
C’est à cette époque que
fit son apparition le
jeu des tarots : une des
plus extraordinaires
réalisations de
l’humanisme italien. Il
réunissait les plus
illustres représentants
du panthéon grec nourris
des vertus chrétiennes,
par le biais d’images
allégoriques des
conditions humaines et
de symboles des plus
importantes corps
célestes.
Les Tarots étaient un
grand jeu de mémoire qui
renfermait les
merveilles du monde
visibles et invisibles
et qui fournissait aux
joueurs des instructions
d’ordre tant physique,
que moral et mystique.
En effet, la série des
vertus (Force, Prudence,
Justice et Tempérance)
renvoie à d’importants
préceptes éthiques ; la
série des conditions
humaines (Empereur,
Impératrice, Pape, Fou
et Bateleur) renvoie à
la hiérarchie à laquelle
l’homme est subordonné ;
et la série des planètes
(Étoile, Lune et Soleil)
fait quant à elle
allusion aux forces
célestes qui commandent
les hommes et au-dessus
desquelles règne
l’univers du divin.
Toutefois l’utilisation
ludique des Tarots prit
rapidement l’ascendant
sur la dimension
didactique et morale du
jeu qui dès le début du
XVIe siècle n’était plus
comprise.
A cette incompréhension
correspondit une
mutation bien précise
des figures qui
connurent des
transformations,
différentes selon les
régions et les goûts
populaires.
Vers la fin du XVIIIe
siècle, fut redécouvert
le contenu philosophique
des Tarots, mais sur la
base de principes
totalement erronés ; les
nouveaux interprètes
firent voir le jour à
une nouvelle utilisation
du jeu : magique et
divinatoire.
Dans un célèbre article
publié en 1781 par
l’archéologue
franc-maçon, Antoine
Court de Gébelin, on
peut lire : “le livre de
Toth existe et ses pages
sont les figures des
tarots”. Quelques années
plus tard, un autre
franc-maçon, Etteilla
(anagramme d' Alliette),
se lança dans un grand
projet de restauration
des figures en affirmant
connaître la structure
du jeu pratiqué par les
Égyptiens. Selon
Etteilla, les premiers
Tarots contenaient le
mystère des origines de
l’univers, les formules
de certaines opérations
magiques et le secret de
l’évolution physique et
spirituelle des hommes.
Dès lors, le jeu des
Tarots fut
indissolublement lié au
monde de la magie et, en
visant des objectifs
beaucoup plus ambitieux
que la simple
connaissance du
lendemain, la grande
époque des tarots
occultistes prit son
essor
|

L’Harmonie céleste Le jeu
des Tarots est fondé sur 56
cartes numérales dites
"italiennes", mais en fait
d’origine arabe ("coppe", "denari",
"bastoni" et "spade") et de
22 cartes connues en tant
que Triomphes introduites au
début du XVe siècle en
Italie. (Les Triomphes
seront nommés aussi Atouts
dans le Tarot à Jouer et,
ultérieurement, arcanes
majeurs pour les
ésotéristes)
Ce jeu dérive des "Triomphi"
de Pétrarque (d'où
"Triomphe" de l'Italien "Trionfi")
qui, dans cette œuvre,
décrit les principales
forces qui gouvernent les
hommes en assignant à
chacune d'entre elles une
valeur hiérarchique. En
premier lieu vient l’Amour
(l’Instinct) que maîtrise la
Modestie (la Raison). Puis
la Mort, dont vient à bout
la Renommée, elle-même
attaquée par le Temps, L'Eternité
ou Dieu - qui triomphe sur
toutes les autres.
Dans les jeux des cartes des
Tarots, les Triomphes
étaient d'abord au nombre de
6 puis de 22, nombre dont la
signification mystique selon
la numérologie chrétienne,
représente l'introduction à
la sagesse et les
enseignements divins gravés
en l'homme.
La théologie médiévale
attribue à l’univers un
ordre précis, constitué d’un
escalier symbolique qui va
de la Terre jusqu'au Ciel :
du haut de cet escalier,
Dieu, la Cause Première,
gouverne le monde, sans
toutefois intervenir
directement mais en opérant
ex gradibus, à savoir par le
biais de toute une série
ininterrompue
d’intermédiaires. C'est
ainsi que Sa puissance
divine est transmise aux
créatures inférieures, - et
ce, jusqu’au mendiant le
plus humble. En revanche,si
nous lisons cette 'symbologie'
depuis l'En-Bas jusqu'à l'En-Haut,
il nous est enseigné que
l’homme peut graduellement
s'élever dans l’ordre
spirituel en gravissant les
cimes du "bonum", du "verum"
et du "nobile", et que la
science et les vertus le
rapprochent de Dieu.
D'après la première liste de
Tarots connue, du début du
Seizième Siècle, il est
évident qu'il s'agissait
d'un jeu éthique.
Le Bagatto (Bateleur)
représente un homme
ordinaire auquel ont été
donnés des guides temporels,
l’Impératrice et l’Empereur,
et des guides spirituels, le
Pape et la Papesse (la Foi).
Les instincts humains
doivent être tempérés par
les Vertus : l’Amour par la
Tempérance, le désir de
puissance (le Char
Triomphal), par la Force. La
Roue de la Fortune enseigne
que le succès est éphémère
et que même les puissants
sont destinés à devenir
poussière.
Ainsi l’Hermite, qui vient
après la Roue, représente le
Temps auquel chaque être
doit se soumettre tandis que
le Pendu avertit du danger
de céder à la tentation et
au péché avant l'arrivée de
la Mort physique .
Même la vie après la mort
est représentée selon la
conception propre au Moyen
Âge : l’Enfer, et partant,
le Diable, sont placés au
centre de la Terre tandis
les sphères célestes sont
au-dessus de la Terre.
Conformément à la vision
aristotélicienne du cosmos,
la sphère terrestre est
entourée des "feux
célestes", représentés, dans
les Tarots, par la foudre
qui tombe sur une tour. Les
sphères planétaires sont
'synthétisées' en trois
planètes principales: Vénus,
l’étoile prééminente, la
Lune et le Soleil.
L'étoile la plus haute est
l’Empyrée où siègent les
Anges qui, lors du Jugement
dernier, seront chargés de
réveiller les Morts dans
leurs tombes - quand la
Justice divine triomphera
pesant les âmes pour séparer
les bons des méchants.
Au-sommet de tout cet
agencement se trouve le
Monde, à savoir Dieu le
Père, ainsi que l’a écrit un
moine anonyme qui commenta
les Tarots à la fin du XVe
siècle.
Ce même auteur place le Fol
après le Monde comme s’il
s’agissait d’indiquer qu’il
est étranger à toutes les
règles et à tous les
enseignements.
Au cours du XVe siècle, le
jeu de Tarot était connu
comme "Ludus Triomphorum",
et ce n’est qu’au début du
XVIe siècle qu’a fait son
apparition le terme ‘Tarocchi’,
ou Tarots.
L’origine de ce nouveau mot
est encore sujet à
controverses de nos jours...
D’aucuns pensent qu’il vient
de l’Arabe signifiant “Tariqa”,
à savoir La Voie de la
Connaissance Mystique, ayant
pour source d’inspiration
‘Tara’, la déesse du Savoir
(la ‘Tara Verte’ représente
la déesse du Savoir Suprême
dans le Bouddhisme
Tibétain). D’autres y voient
un rapport possible avec la
technique ‘Taroccato’ en
usage dans les cours du Nord
de l’Italie, utilisée pour
décorer des manuscrits
enluminés avec un poinçon,
tandis que certains
considèrent encore que le
mot ‘tarocco’ proviendrait
du dialecte ‘tarocar’ qui
signifie "faire des choses
folles ou insensées" à
l’occasion de paris lors de
jeux de hasard. D'autres
encore y voient un anagramme
du mot "rota", la roue,
voulant dire par là que le
tarot, comme l'univers, est
un éternel recommencement,
un peu comme le cycle de la
nature : naissance,
croissance,déclin et mort
("l'Encyclopédie du Tarot",
R.Kaplan)
|

Les Allégories des Tarots
Les allégories qui
apparaissent sur les Atouts
appartiennent au répertoire
iconographique propre à la
quasi totalité de l’Europe
du XIIIe siècle. On les
trouve sur les décorations
des cathédrales gothiques,
sur les fresques des
édifices publics et dans les
manuscrits encyclopédiques
et astrologiques.
Dans la pratique, les
figures représentées sur les
cartes des Triomphes
constituent une authentique
Biblia Pauporum à savoir une
« Bible des Pauvres ». En
jouant aux cartes, le peuple
accédait directement par
leur intermédiaire à une
connaissance du mysticisme
chrétien et à son contenu
dont les concepts étaient
ainsi continuellement
rappelés à leurs esprits,
selon la méthode de l’ Ars
Memoriae de l’époque.
Les allégories sont aisément
déchiffrables par référence
au contexte culturel des
cours de l’Italie du Nord au
vu de leur goût pour les
images moralistes issues
tant de la tradition
religieuse que de la
mythologie classique. Ces
images étaient d’une part
tenues pour des
représentations des héros
civilisateurs qui initièrent
les hommes à de nombreux
arts, telle Minerve - la
première tisseuse, ou
Apollon - le dieu médecin.
D’autre part, elles étaient
considérées comme les
allégories des vices et des
vertus, et c’est cette
interprétation que l’on
trouve dans certaines cartes
des Triomphes.
Des exemples tout à fait
évidents incluent : la
Force, représentée par
Hercule terrassant le lion
Némée, symboles des
instincts animaux ; l’Amour
représenté par Cupidon
s’apprêtant à lancer ses
flèches sur les Amants
imprudents ; la Prudence,
représentée par Saturne ; la
Modestie de Diane ;
l’Immodestie de Vénus ; la
Vérité par Apollon qui
illumine la Terre de son
disque solaire.
De nombreuses figures des
Tarots s’inspirent
clairement de l’iconographie
chrétienne. Ainsi le Monde,
représenté tantôt par la
Jérusalem céleste à
l’intérieur d’une sphère
portée par des anges ou
surplombée par la Gloire
céleste. La carte de la
Papesse renvoie à l’image de
la Foi, identique à celle
représentée par Giotto dans
la Chapelle des Scrovegni à
Padoue.
Parmi de nombreuses autres
représentations possibles
des Vertus telles que la
Tempérance, la Justice et la
Force se trouve
l’iconographie classique
présente dans les églises
gothiques et dans les
miniatures des livres
saints.
Les traités d’astrologie de
l’époque constituèrent une
autre source d’inspiration.
La figure du Bagat ou
Bateleur apparaît parmi les
"Fils de la Lune" à savoir
parmi les métiers placés
sous l’influence de l’astre.
Le Misero ou Fol figure
parmi les « Fils de
Saturne » ; l'image des
Amoureux parmi les "Fils de
Vénus" ; le Pape parmi les
"Fils de Jupiter" et
l’Empereur parmi les "Fils
du Soleil". En outre, des
figures d’astrologues
apparaissent dans différents
jeux des Triomphes en tant
que représentations de la
Lune et des Étoiles.
Enfin, sont présentes des
images de la vie
quotidienne. Un exemple
extrêmement intéressant est
la figure du Pendu qui fait
référence à la peine
infligée aux traîtres. Dans
la Chapelle Bolognini à San
Petronio (Bologne) une
figure identique est
représentée sur une fresque
de Giovanni da Modena car
l’idolâtrie était perçue
comme la plus affreuse des
trahisons : le reniement du
Créateur. Bien que la peine
de la pendaison par un pied
soit représentée dans
d’autres œuvres, la fresque
de San Petronio est l’unique
exemple connu qui coïncide
parfaitement avec la Carte
du Tarot
|

Le Divin Hermes
Pour le monde antique,
Hermès, associé au dieu
égyptien Thoth, fut
considéré comme l’inventeur
de l’écriture et l’auteur de
nombreux traités magiques et
religieux. Durant la période
de l’Empire romain, ces
textes hermétiques furent
réinterprétés par l’ École
d’Alexandrie en Égypte à la
lumière de la philosophie
grecque, en particulier
Pythagore et Platon. Les
Pères de l’ Église vouèrent
un grand respect à Hermès en
vertu des analogies avec
certains textes qui lui
furent attribués et des
passages des Évangiles .
En 1460 fut porté à Cosimo
de Médicis, Seigneur de
Florence, un manuscrit
retrouvé en Macédoine et
attribué par erreur à Hermès
Trismégiste. Cette œuvre
traduite en 1463 par le
religieux et philosophe
Marsile Ficin fut suivie par
les traductions de textes
platoniciens qui révélaient
une conception fascinante du
Cosmos.
Selon cette philosophie,
l’Univers converge vers
l’Unité divine ordonnée
selon des degrés divers de
perfection et représentés
par les cercles
concentriques des sphères
planétaires et célestes
tandis que l’homme est
constitué d’une part divine
- l’âme - qui, durant son
existence terrestre, peut le
conduire à la contemplation
du Bien suprême à travers la
pratique de la vertu et par
le biais de la médiation des
différentes entités
angéliques.
Un autre aspect important de
cette philosophie était
l’idée que l’Univers se
reflètait dans chaque chose
existante. L’ Homme était
envisagé comme un monde en
miniature, un Microcosme
identique en tout et pour
tout au Macrocosme. Les
philosophes de la
Renaissance, à commencer par
Ficin, édifièrent de
complexes systèmes de
correspondances reliant les
astres du firmament et les
différentes parties du corps
humain.
Une des conséquences de ceci
fut la revalorisation de la
Magie, de l’Astrologie et de
l’Alchimie – l’art
hermétique primordial. On
pensait ces sciences
capables de donner à l’homme
les moyens de comprendre les
liens secrets qui assurent
la cohésion de l’univers et
qui influencent le
comportement humain.
Ainsi les divinités astrales
antiques, Saturne, Jupiter,
Mars, Vénus, Mercure, le
Soleil et la Lune,
ré-assumèrent leurs rôle
d’esprits puissants et
redoutables auxquels il
était permis d’adresser
prières et interrogations
pour connaître la destinée
humaine.
En effet, les amulettes,
certains rites et la
réalisation d’opérations
particulières devaient
permettre à l’homme de se
défendre contre la puissance
des astres, qui était même
présente cachée dans les
pierres et les métaux - et
de capturer cette puissance
pour sa propre élévation
spirituelle.
Cette philosophie inspira
des auteurs comme le poète
Ludovico Lazzarelli (1450 -
1500) dont le « De gentilium
imaginibus deorum » fut
illustré avec des figures
issues du pseudo Tarot dit
de Mantegna, comme aussi
l’auteur anonyme des Tarots
Sola Busca (1490
environ)avec leurs
références à l’alchimie.
A la même époque, plusieurs
images des Tarots furent
modifiées de façon à être
conformes à l’iconographie
hermétique. Suivant la
conception platonicienne, en
fait, l’origine stellaire de
l’âme est représentée sur la
carte (géographique) des
Etoiles, et l’ « Anima Mundi »
qui selon Ficin représente
l’influence médiatrice entre
l’homme et Dieu apparaît sur
la carte (géographique) du
Monde
|

Le Jeu des Tarots
Selon son origine
medièvale et selon la
théorie des investigateurs
espagnols actuels Daniel
Rodes et Encarna Sánchez il
faudrait chercher l’origine
du tarot parmi les cathares
dont la philosophie
correspondrait parfaitement
à l’idée basique du jeu de
tarot. Ainsi, la présence de
la Papesse confirmerait
cette idée : l’importance de
ce personnage féminin est
une référence évidente au
christianisme bien que
différent de l'orthodoxie
romaine. Puis avec le temps,
les cartes sont devenues un
système divinatoire.
Toutefois, cette
hypothèse semble faire fi
non seulement de la parfaite
orthodoxie de l'image de
Fides ou de la Foi (Papesse)
jouxtant celle de l'Église
(Pape) mais surtout ne tient
pas compte du caractère
iconoclaste des Parfaits
Cathares : jamais ils
n'auraient consenti à imager
le Divin... Seuls des
croyants neo-cathares liés
aux cours des nobles de
Lombardie ont pu -
éventuellement- inspiré le
dualisme sous-jacent du
Tarot.
Dans la première décennie du
XVe siècle et dans une des
villes suivantes comme
Milan, Bologne ou Ferrare,
ce jeu de cartes fut conçu
et, à partir du XVIe siècle,
se répandit rapidement en
Europe...
Les Tarots furent
initialement utilisés en
tant que jeux avec des
règles proches de celles des
échecs - et c'est à cause de
ce caractère ingénieux que
les Ludus Triomphorum furent
expressement exclus des
ordonnances à l'encontre des
jeux de hasard émises
pendant le XVe siècle.
Parallèlement, grâce à de
nombreux documents de la
Renaissance, l'on sait que,
dans les cours
aristocratiques, le jeu des
Tarots fut au centre de
divertissements
sophistiqués, comme par
exemple l'invention de
sonnets galants ou le fait
de répondre à des questions
portant sur divers sujets au
regard de cartes extraites
du jeu. Une autre pratique
courante qui dura jusqu'au
XIXe siècle consistait à
associer les figures du
Tarot à des personnes
célèbres, composant des
sonnets ou simplement en
devisant à leur sujet sur un
ton ou laudatif ou comique
ou tout à fait satirique. Le
XVIIIe siècle vit une riche
production de Tarots avec
une imagerie fantastique,
empruntée au monde animal, à
l'histoire, à la mythologie,
aux coutumes de différents
peuples. Néanmoins, c'était
un jeu de hasard, avec
toutes les conséquences que
cela impliquait, à
commencer, dès le XVIe
siècle, par l'intervention
répressive de l'Église. À
peine un siècle après leur
création, la signification
chrétienne d' Escalier
Mystique sur laquelle était
structuré l'ordre des Tarots
avait été oubliée.
Néanmoins, les usages
ludiques et littéraires des
tarots perdirent bientôt de
leur importance.
Dès la fin du XVe siècle, un
moine prédicateur anonyme
dénonça les tarots comme
étant l'œuvre des démons, et
soutint son affirmation en
argumentant que, c'était
dans le dessein d'amener les
hommes au vice, que le
créateur du jeu avait
délibérément usé de figures
comme le Pape, l'Empereur,
les vertus chrétiennes et
même Dieu.
Le bon moine écrit par
ailleurs que "si le joueur
pensait à la signification
des 'papiers [à jouer]', il
s'en irait en courant. En
fait, dans les cartes, il y
a une quadruple différence
[note du traducteur :
illustrée par les quatre
emblèmes des cartes en
dehors des Atouts : denier,
coupe, bâton et épée]. Il y
a l'argent qui est dilapidé
entre les mains des joueurs.
Et cela souligne le
caractère éminemment
précaire de l'argent du
joueur, car l'on doit savoir
qu'en jouant, l'on perdra
son argent. Il y a aussi des
coupes [tasses] qui
illustrent que lorsque la
ruine adviendra, le pauvre
joueur ne pourra plus boire
dans des verres mais devra
se contenter d'une coupe
[tasse]. Il y a aussi les
bâtons : le bois est sec
pour souligner l'aridité de
la grâce divine présente
dans le joueur. Il y a même
des épées pour exprimer la
brièveté de la vie du joueur
car il sera tué, etc. En
réalité, aucune catégorie de
pécheurs n'est aussi
désespérée que celle des
joueurs. Quand un joueur
perd et n'obtient pas le
point escompté, que ce soit
la carte ou le triomphe[NdT :
probablement ici, carte =
numérales ou honneurs /
triomphe = Atout], il fait
une croix sur l'argent misé
[NdT : litt. percuote la
croce del denaro = il
frappe la croix dans
l'argent], maudissant Dieu
ou les Saints, et il jette
au loin les dés avec colère
se disant à lui-même "que
l'on me tranche la main !"
etc. Le joueur se mêt très
facilement en colère avec le
compagnion qui le tourne en
ridicule et continuellement
s'offusque des offenses
jusqu'à ce qu'ils se battent
l'un l'autre. Le prédicateur
anonyme conclut sur cette
sentence canonique :
"Joueur, ouvre l'œil ou tu
connaîtras une mauvaise
fin".
Le jugement de l'Église
n'empêcha pas la diffusion
des Tarots - et ce, à un tel
point, qu'au début du XVIIIe
siècle, ils furent importés
d'Italie en France et en
particulier à Marseille -
dont l'iconographie fut à
son tour reprise par les
centres de production
lombards et piémontais afin
de rénover leurs
productions.
Puis, sous la pression de
jeux encore plus modernes,
les tarots disparurent
graduellement pour ne plus
subsister qu'en peu
d'endroits tels la Sicile,
l'Émilie, la Lombardie, le
Piémont et le Sud de la
France.
Toutefois, pendant ce temps,
les images du Tarot furent
l'objet de manipulations et
d'interprétations
ésotériques qui les
amenèrent à être considérées
comme des "icônes magiques".
|

Le Livre de Thot ou
l’interprétation ésotérique
des tarots
La renaissance des Tarots
comme instrument magique
intervient à la fin du
XVIIIe siècle, en pleine
période des Lumières. Elle
est l’œuvre d’un
archéologue, célèbre à
l’époque : Antoine Court de
Gébelin, membre de la
franc-maçonerie française.
"Si nous annoncions,
aujourd’hui, qu’existe une
œuvre qui contient la
doctrine la plus pure des
Égyptiens qui aurait échappé
aux flammes de leurs
bibliothèques, qui ne serait
impatient de connaître un
livre aussi précieux et
extraordinaire ? Et bien ce
livre existe et ses pages
sont les figures des
Tarots”.
Pour justifier ses
affirmations, Court de
Gébelin explique que le mot
Tarot vient de l’égyptien
Ta-Rosch qui signifie
Science de Mercure (Hermès
pour les Grecs, Thot pour
les Égyptiens). Puis, aidé
par un collaborateur
inconnu, il indique les
nombreuses propriétés
magiques du Livre à peine
redécouvert.
Ces théories sont reprises
par un autre franc-maçon,
Etteilla, pseudonyme de
Jean-François Alliette : “Le
Tarot est un livre de
l’Égypte ancienne dont les
pages contiennent le secret
d’une médecine universelle,
de la création du monde et
de la destinée de l’homme.
Ses origines remontent à
2170 avant J.-C. quand
dix-sept magiciens se
réunirent en un conclave
présidé par Hermès
Trismégiste. Il fut ensuite
incisé sur des plaques d’or
placées autour du feu
central du Temple de
Memphis. Enfin, après
diverses péripéties, il fut
reproduit par de médiocres
graveurs du Moyen Âge avec
une quantité d’inexactitudes
telle que son sens en fut
dénaturé".
Etteilla restitua aux Tarots
ce qu’il estimait être leur
forme primitive et il en
remodela l’iconographie ; il
le baptisa Livre de Thot.
L’héritage du néoplatonisme
et de l’hermétisme de la
Renaissance est clairement
présent dans les
manipulations opérées par
Etteilla. En effet, dans les
huit premiers triomphes, il
reproduit les phrases de la
Création ; dans les quatre
suivants, il souligne que
les vertus conduisent les
âmes auprès de Dieu ; et
enfin dans les dix derniers,
il représente les
conditionnements négatifs
auxquels les êtres humains
sont soumis.
Les 56 cartes numérales
furent interprétées comme
les sentences divinatoires
pour les mortels. Grâce à
ces révélations, prit un
grand essor la mode de la
cartomancie.
Toutefois, bien plus tard,
la dimension mystique du
Livre de Thot fut
revalorisée par Eliphas
Lévi.
Eliphas Lévi dénonça les
erreurs d’Etteilla en
affirmant que les 22
Triomphes correspondaient à
22 lettres de l’alphabet
hébreu mosaïque. Et il en
explique le rapport avec les
opérations magiques, avec le
symbolisme franc-maçon et
surtout avec les 22 sentiers
de l’Arbre de la Qabbale,
qui reflètent les structures
identiques de l’homme et de
l’univers.
En parcourant les 22 canaux
du savoir suprême, l’âme
humaine pouvait parvenir à
la contemplation de la
lumière divine.
Les théories de Lévi furent
reprises par de nombreuses
confraternités occultistes
et chacune d’entre-elles
réalisa de nouvelles cartes
des Tarots conformes à sa
propre philosophie.
Pour certaines, l’objectif
des initiés était la
réalisation d’un grand
Temple Humanitaire visant la
création du Règne du
Saint-Esprit fondé sur
l’ésotérisme commun à tous
les cultes. Pour d’autres,
les Tarots représentaient
les étapes d’un parcours
individuel d’élévation
mystique ou d’exaltation
psychique grâce à
l’obtention de grands
pouvoirs magiques.
|

Tarots et cartomancie
Il est généralement admis
que la période qui couvre la
fin du XVIIIe siècle et le
début du XIXe siècle, fut
propice aux prophètes et aux
devins, en France et
ailleurs, en raison des
incertitudes politiques et
de l’aggravation de la crise
économique.
Bien que Merlin Cocai
(pseudonyme de Teofilo
Folengo), ait, en 1527,
écrit sous une forme
littéraire une sorte de
traité de lecture
divinatoire avec les tarots
similaire à celle couramment
en usage - la pratique
prophétique des cartes
n'était pas courante pendant
la Renaissance.
Nous savons que le premier
document attesté contenant
la liste des cartes avec
leurs valeurs divinatoires
respectives appartient à la
ville de Bologne et doit
être daté des premières
années du XVIIIe siècle.
Ce n’est qu’au XIXe siècle
que le nombre de
cartomanciennes s'accrut de
façon considérable grâce aux
stupéfiantes révélations de
Court de Gébelin, d’Etteilla
et des confraternités
occultistes.
Une des plus célèbres
cartomanciennes de l'époque
fut Mademoiselle Lenormand,
dont la fortune reposa sur
une habile utilisation de
son image publique. Tout au
long de sa carrière,
Mademoiselle Lenormand vit
défiler dans son salon des
personnages de la stature de
Robespierre, Marat, Danton,
Napoléon Bonaparte, et
devint la confidente de
l’impératrice Joséphine.
La “Sibylle des Salons”,
ainsi qu’elle était
surnommée, fut imitée par
d’innombrables devineresses
qui s’efforcèrent de tirer
profit de leur art en
prétendant être les élèves
et les disciples voire les
héritières de la plus
illustre sibylle. D’autre
créèrent de nouvelles cartes
de cartomancie basées sur
les Tarots égyptiens d’Etteilla
ou sur les cartes à jouer
françaises.
Vers 1850, la divination par
le biais des tarots et des
cartes à jouer était devenue
une technique divinatoire
extrêmement populaire dans
l’Europe entière. Et à cette
même époque, la renaissance
des philosophies ésotériques
redonna vigueur aux arts
magiques et à la cartomancie
en particulier.
La diffusion de cette
pratique, toutes classes
sociales confondues,
s’accompagna d’une vaste
production industrielle pour
répondre aux attentes du
public. Au cours du XIXe
siècle furent imprimés,
essentiellement en France,
en Italie et en Allemagne,
au moins une centaine de
jeux qui dans la plupart des
cas n’avaient qu’un rapport
lointain avec les Tarots
mais davantage avec les
livres d’interprétation des
songes ou avec la "Kabbale
du Loto".
On peut affirmer que depuis
lors cette mode a conservé
toute sa vigueur, si l’on
excepte les périodes de
guerre.
A tort selon nous, les
sociologues s’interrogent
aujourd’hui sur les raisons
de ce qu’il est convenu de
définir aujourd’hui comme un
retour de l’irrationnel mais
qu’il convient d’envisager
davantage comme une présence
qui témoigne d’un besoin
constant, dans l’histoire
occidentale, de plus grandes
certitudes.
Au-delà de l’aspect
divinatoire, il convient par
ailleurs de tenir compte de
la dimension artistique. La
création des cartes a en
effet souvent vu à l’œuvre
de très talentueux
dessinateurs et peintres
dont le travail témoigne,
non seulement d’un goût
personnel, mais également
d’une sensibilité artistique
et des courants des époques
dans lesquelles il
s’inscrit."
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Source : Wikipédia
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